La musique en location, bonne ou mauvaise idée ?

J’ai fait il a quelques mois une comparaison des « services de streaming » musical.

J’ai pour cela comparé la sortie audio de Youtube, Spotify, Tidal, Deezer et Qobuz (web apps).

A part Qobuz, je ne connais pas de site de streaming de qualité CD. De plus c’est le seul service payant qui n’utilise pas de DRM. (oui, on peut récupérer les fichiers FLAC depuis le navigateur en cherchant un peu. Dois-je faire un article pour ça?)

Mais Qobuz n’a pas tout le catalogue. Parfois il manque une chanson de l’album (l’éditeur n’a pas donné le droit pour le streaming) parfois c’est carrément des albums entiers qui manquent.

Les playlists thématiques concoctées par l’équipe de Qobuz sont nulles (désolé). Je n’ai rien découvert par ce biais, contrairement aux recommandations Youtube qui sont plutôt bien je trouve.

Et pour moi, c’est 20 boules pour découvrir la musique vu qu’on ne l’acquiert pas. Hors j’en découvre si peu que ce n’est pas si intéressant.

D’un autre coté, la dernière fois que je suis allé chez le disquaire, j’ai passé 3h à écouter des extraits audio de CD, acheté 6 CD, rentré chez moi, lancé la lecture des CDs et été déçu. L’ambiance était vraiment différente des extraits : le jazz explosif était en fait mou sur le reste des passages (j’ai du tombé sur le solo dans l’extrait), la voix suave rébarbative, l’électro minimaliste devenu hardcore (j’ai du tomber sur l’intro dans les extraits)… En fait, on tombe dans le même travers qu’ à essayer de juger un film sur un extrait. Bilan, j’ai perdu du temps, rendu les CDs au disquaire et juré de ne plus procéder de la sorte.

D’autre part, je constate que de plus en plus d’artistes (ou leur maison de disque) mettent eux même en ligne leur nouveaux morceaux sur Youtube. Par exemple le dernier Justice que j’affectionne beaucoup :

Ou encore les 2 albums de Jain disponibles en streaming gratuit depuis son site web.

Du coup, j’aimerai comprendre. Est ce que l’artiste a besoin d’être écouté gratuitement d’abord pour vendre ? Pour vendre quoi ? du CD ? des places de concerts ? du nombre d’écoutes sur les plateformes de streaming payantes ? Ou bien l’artiste consent à ce que son œuvre puisse servir d’appeau publicitaire sur une plateforme de streaming gratuite ?

Le rapport annuel de la SNEP est intéressant. Les gens semblent écouter toujours plus de musique mais le chiffre d’affaire du marché s’est réduit de moitié par rapport à 2001.

Pour rappel, en 2000, les majors détenaient le monopole de la distribution, et n’hésitaient pas à faire payer un album CD 25€ à coup de matraquage publicitaire sur le top 10 de la merde. Merci d’être sorti de là.

Depuis 2000, le P2P puis le streaming ont fait fondre les ventes physiques :

Le salut du marché de la musique provient de l’explosion du streaming payant depuis 2012 qui n’a rien à voir avec HADOPI (2009) :

Mais il s’agit d’un trompe l’oeil puisque le streaming payant ne représente que 23% du temps de streaming. La majorité du temps de streaming provient de sites financés par la publicité (Youtube principalement) :

Youtube doit donc payer bien peu ses droits de diffusion !

D’ailleurs si on s’attarde sur le montant rémunéré aux artistes et non plus au chiffre d’affaire, on trouve ceci :

Source

On voit bien que Youtube rémunère des clopinettes, mais Spotify ne rémunère que 6 fois plus par écoute.

Pourtant, malgré une faible coût d’acquisition de la musique, aucune des plateformes de streaming n’est bénéficiaire. Elles sont toutes en déficit. Donc leur modèle actuel n’est pas viable ! C’est important de le savoir.

Les plateformes de streaming payantes sont incompatibles entre elles, on ne va raisonnablement souscrire qu’à une seule plateforme. Leur but est donc d’être le premier coûte que coûte pour exister demain.

Arrivé au sommet,  Spotify a renégocié à la baisse la rémunération des artistes et aimerait maintenant traiter directement avec les artistes plutôt que les maisons de disques. Ce qui lui ferait gagner un intermédiaire et en domination sur les artistes. On n’est pas au bout de l’histoire…

Une chose est sûre, le format CD physique est obsolète vu qu’on a de moins en moins de lecteur CD sous la main.  De fait, l’artiste n’a plus besoin d’être « dans les bacs » ni de maison de disques.

Il existe bandcamp qui permet aux indépendants de vendre simplement leurs albums sans DRM, moyennant une commission de 10-15%. Les artistes mettent en écoute gratuite l’intégralité de l’album en MP3 128kbps et permettent l’achat en FLAC. L’achat se fait en 2 clics à un tarif abordable (10-15€). Je trouve cela très honnête dans la démarche.

Ensuite, si vous voulez streamer chez vous ou partager votre musique avec votre famille, il y a funkwhale et autre airsonic qui permettent d’héberger votre musique sur un serveur et d’y accéder par le navigateur web ou Dsub sur Android (avec mise en cache des fichiers comme on peut l’attendre d’un lecteur nomade).

Cela permet de conserver le bénéfice de l’immense collection de musique qu’on a déjà acquise en CD ou par ailleurs puisqu’elle est intégrable dans la bibliothèque. De plus, cette musique survivra à la mort commerciale de la plateforme de diffusion et ne nécessite pas de compte Google ou Facebook pour en profiter.

7 réactions sur “ La musique en location, bonne ou mauvaise idée ? ”

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  2. jotux

    Superbe article qui montre bien que, en plus d’enfermer les utilisateurs dans le girons des grosses plateformes, celles-ci ne rémunèrent pas du tout correctement les artistes.
    Encore une volonté de contrôle de le part de ces plateformes, tout en évitant de trop devoir payer et garder le magot.

    Merci pour ce billet !

  3. Fmr

    Concernant la découverte musicale, ça a bien changé comparé aux année pré-Napster en effet.
    Du temps où j’étais employé chez un disquaire, on prenait le temps de discuter et permettait au client l’écoute de tous les CD dans le magasin. Une autre époque…
    Sinon je suis plutôt satisfait des algo de Spotify. Il est possible de laisser faire ou d’être actif dans les recherches. Ce qui est proposé en rapport aux écoutes qui ont étés faites dans un genre musical match plutôt bien. Ce derniers temps, grâce à cela, j’ai pu faire pas mal de découvertes, beaucoup d’artistes se trouvant sur Bandcamp d’ailleurs, sur des mélanges Jazz/Electro/hip-hop.
    Pour moi Spotify (gratuit) est une très bonne plateforme pour accompagner le smartphone, où nous ne nous trouvons pas dans un environnement hifi, mais où l’on peu tout de même se faire plaisir en réglant bien un des nombreux software de correction du son ou bien en passant par un DAC USB. Le problème de ces plateforme n’est pas trop le format mp3 (un test ABX pour s’en persuader https://forum.hardware.fr/hfr/VideoSon/Traitement-Audio/unique-ecoute-flac-sujet_142560_1.htm) mais plutôt les corrections apportées au son, dynamique etc… Il me semble t’ avoir laissé un com, il y a qq mois, au sujet du traitement du son réalisé en amont par Spotify, Deezzer…

  4. Tuxicoman Auteur Article

    @FMR : oui je ne sais plus où tu m’avais parlé de cette correction appliquée à Spotify. Je serai intéressé par lire des études dessus.

  5. Tuxicoman Auteur Article

    A l’époque, il y avait un logiciel nommé AudioGalaxy qui analysait votre bibliothèque audio et vous mettait en relation avec des gens qui avaient presque la même que vous. En regardant les morceaux que votre pair avait et pas vous, il y avait de grandes chances de tomber sur un truc super bien ;p

  6. Pierre

    Il me semble que les producteurs misent surtout sur les ventes des tickets de concerts/spectacles pour gagner de l’argent (les prix des tickets ont explosés par rapport à ceux d’il y a une quinzaine d’années) pour compenser le manque à gagner sur les ventes d’albums.

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