Intelligence artificielle

Dans un article devenu célèbre publié en 1950, Alan Turing, partant du principe que toute fonction humaine est traduisible sous forme d’algorithmes, démontrait qu’un ordinateur pouvait se substituer à un être humain dès lors qu’il était correctement programmé. En 1968, dans le film de Stanley Kubrick « 2001, Odyssée de l’Espace », l’ordinateur HAL se rebellait et décimait l’équipage de la navette spatiale en route vers Jupiter. En 2001, dans « A.I. Intelligence Artificielle », l’androïde abandonné par sa « famille », recherchait jusqu’au cœur de l’océan l’amour maternel perdu.

Après avoir été un concept intellectuel et une source d’inspiration artistique, l’intelligence artificielle est arrivée dans notre quotidien. L’ordinateur a battu l’être humain au jeu Jeopardy (le « Qui veut gagner des millions ? » américain), aux échecs (Kasparov) et au jeu de go. Des entrepôts à la banque, d’Amazon à Spotify, l’intelligence artificielle s’introduit dans notre vie de tous les jours. Sundar Pichai, le patron de Google, a même prédit que l’intelligence artificielle ferait plus pour l’humanité que le feu ou l’électricité.

En quoi l’intelligence artificielle est-elle réellement révolutionnaire ? Faut-il en avoir peur ou redouter les dérives telles que celles de l’ordinateur de « 2001, Odyssée de l’Espace » ?

L’intelligence artificielle se distingue de l’informatique traditionnelle par la faculté de l’ordinateur à déterminer lui-même, sans avoir été préalablement programmé, des corrélations, des tendances et des prédictions à partir de vastes quantités de données. Grâce à elle, les ordinateurs peuvent voir, entendre et parler.

Des pans entiers de notre économie sont déjà affectés ou vont être très prochainement bouleversés par cette technologie.

L’intelligence artificielle occupe déjà l’usine. Elle permet d’analyser instantanément la qualité des produits issus de la chaîne de production. Elle facilite l’organisation du travail. Elle optimise la gestion des stocks. Elle fluidifie la logistique dans l’entrepôt, durant le trajet et à la livraison. Les caristes d’Amazon portent une montre connectée qui leur indique le chemin à suivre au sein de l’entrepôt pour optimiser la constitution de leurs colis. Elle facilite enfin la maintenance des appareils en prédisant les pannes avant qu’elles ne se produisent.

Les métiers de la vente sont également concernés. Amazon a révolutionné l’e-commerce grâce à ses « suggestions ». Celles-ci proviennent de modèles prédictifs basés sur l’intelligence artificielle. Comme les « playlists » mises en avant par Spotify. Amazon et Metro testent des magasins intelligents dans lesquels les produits figurant dans les chariots sont scannés et débités directement sur les comptes des clients. Les assistants vocaux deviennent des intermédiaires guidant l’acheteur potentiel à partir d’une « requête » vocale.

Les agents virtuels, les fameux « bots », commencent à envahir les services après-vente. Ils sont capables d’analyser la demande du client, qu’elle soit effectuée par téléphone, par courrier ou par mail, d’y répondre lorsqu’elle est simple et de la transmettre à un conseiller spécialisé lorsqu’elle est plus complexe. Des entreprises utilisent des services à base d’intelligence artificielle pour analyser la qualité de la performance de leurs commerciaux et leur suggérer des voies d’amélioration. Les assureurs s’en servent pour améliorer la gestion des sinistres grâce aux photos prises par les assurés sur leur smartphone.

Les entreprises recourent à l’intelligence artificielle pour améliorer la gestion des ressources humaines. L’ordinateur est capable d’analyser les centaines de CV reçus par les grandes entreprises et de sélectionner les meilleurs profils nécessitant un entretien individualisé. Il facilite également la mobilité interne en repérant les salariés susceptibles d’évoluer dans un autre contexte. Il permet enfin de réduire le turnover en prédisant les employés présentant de fortes probabilités de démissionner.

La reconnaissance visuelle permise par les lidars est à la base de la voiture autonome. La révolution est à notre porte. Nul doute qu’à la fin des années 2020, le bitume sera largement occupé par cette nouvelle génération véhicules. La reconnaissance vocale est également de plus en plus utilisée dans les métiers de la sécurité, par exemple pour identifier les terroristes potentiels lors des embarquements.

La reconnaissance vocale a fait d’énorme progrès. Nous ne sommes plus très loin du film Blade Runner où les humanoïdes d’espèces différentes pouvaient se comprendre grâce à des traducteurs instantanés.

Quels seront les vainqueurs économiques de cette révolution technologique ?

Pour réussir, les entreprises devront disposer de masses considérables de données, de moyens financiers importants et des meilleurs ingénieurs. Même si la technologie est « disruptive », elle ne devrait pas être conquise aisément par les start-ups. Les meilleures devraient être les entreprises déjà dominantes, Apple, Amazon, Facebook et Google pour les stratégies B to C ainsi que Microsoft pour le B to B. Mais la menace chinoise est prégnante. Les entreprises y ont accès à des masses de données beaucoup plus importantes dans un pays où l’Etat ne fait pas preuve de pusillanimité en matière de protection de la vie privée. Elles sont également puissantes et inventives.

Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ?

Les gains de productivité potentiels paraissent immenses. Qui dit gains de productivité dit également diminution des besoins en personnel. Chaque révolution technologique a su donner tort aux luddites, qui redoutaient les conséquences du progrès, en créant de nouveaux besoins et de nouveaux emplois. En sera-t-il de même cette fois-ci ? De nombreuses voix, émanant d’experts plus ou moins compétents, estiment que cette fois-ci, l’ampleur des gains de productivité sera trop forte pour éviter une casse sociale généralisée. Ce qui leur permet, par exemple, de donner des fondements théoriques à la création d’un revenu universel. Nous n’en sommes pas encore là. La croissance de la productivité créera de la richesse. Cette dernière génèrera de nouveaux besoins et de nouveaux emplois. Il appartient aux entreprises et aux Pouvoirs Publics de faire en sorte que la transition se fasse en douceur et sans accroître les inégalités sociales.

Un danger plus immédiat est l’atteinte aux libertés privées. On voit bien les dérives permises par cette nouvelle technologie si elle est mise entre de mauvaises mains. L’Etat chinois est en train de créer un dossier pour chacun de ses citoyens qui regrouperait pour chacun d’eux les « bonnes » et les « mauvaises » actions et filtrerait en fonction du résultat les accès aux services publics. Nul doute qu’il saura utiliser l’intelligence artificielle pour renforcer son emprise sur la population. Les entreprises peuvent également être tentées de déraper dans l’espionnage de leurs clients ou de leurs employés. L’actualité est là pour nous le rappeler. De nouvelles règles vont devoir être créées pour limiter les atteintes aux libertés individuelles.

Au plan économique, le principal risque est la création d’un oligopole de quelques entreprises technologiques mondiales ayant accès aux données et aux ressources. Ce gouvernement de multinationales accaparerait la rente économique créée par leur puissance au détriment des autres entreprises. La concurrence serait faussée. Le consommateur payerait l’addition. Pour limiter ce risque, les Etats devront s’entendre pour mettre en place une politique anti-trust inspirée de celle de Théodore Roosevelt au début du 20ème siècle aux Etats Unis.

De tous temps, le progrès fait peur. Il a certes toujours détruit des emplois et de la richesse. Les conducteurs de diligences et les éleveurs de chevaux ne se sont pas enrichis avec l’arrivée de l’automobile ! Mais la population dans son ensemble en a profité. L’économie mondiale n’a jamais été aussi prospère et n’a jamais créé autant d’emplois qu’aujourd’hui. Elle a su en permanence s’adapter au progrès. Il n’y a pas de raison que l’intelligence artificielle soit différente. Les dérives dans son utilisation seront du même type que celles permises par les précédentes révolutions. Les machines ne changent pas les hommes.

Source : Maubourg-patrimoine

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